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26 Jul 2020

Réflexions d’écriture #1 : Style et narration

J’inaugure aujourd’hui une nouvelle série d’article autour de l’écriture, je réfléchis beaucoup, toute seule chez moi, et j’ai pensé que ce serait sympa de partager ces réflexions autour de l’écriture. Je ne prévois donc pas d’établir des conseils à proprement parler fondés sur mes préférences de lectrice puisque tout le monde a des goûts différents et qu’aucune règle ne peut s’appliquer à toutes les situations. J’espère néanmoins que cette série pourra fournir des outils afin que chacun puisse développer une écriture qui lui ressemble :).

Commençons donc par définir le sujet d’aujourd’hui pour savoir de quoi on parle. Si la narration concerne les choix et les focalisations choisies pour porter l’intrigue, le style laisse pour moi une plus grande place à l’émotionnel, de par une certaine recherche d’esthétisme (sonorités, rythme), mais aussi parce qu’il va apporter une tonalité particulière aux scènes. Je trouve que l’on parle assez peu de style finalement, dans les différents conseils d’écriture que je lis à droite à gauche, on parle de techniques pour alléger les phrases, la mode étant à l’épuré, de vocabulaire parfois, mais assez peu de l’essence de ce qui fait une écriture vraiment personnelle. J’ai également l’impression d’une tendance à l’uniformisation dans la production actuelle, ce qu’en tant que lectrice je trouve fort dommage.

Le style alors. Comment trouver le sien ? Je ne sais pas vraiment comment j’ai trouvé le mien, je soupçonne la lecture d’avoir joué une très grande part dans la forme qu’a aujourd’hui mon écriture. Je pense qu’il est important de diversifier au maximum, d’être curieux, et, surtout, d’être audacieux. On n’arrive à rien si on se place toujours des barrières. La création c’est tenter, tester des choses nouvelles, se tromper, réévaluer, et finalement s’améliorer et améliorer notre travail. Comme dans les autres disciplines artistiques, on teste et on recommence autant de fois qu’il le faut. La lecture m’aide beaucoup aussi à prendre confiance ; j’ai été très mal-à-l’aise parfois à la lecture de certains conseils d’écriture, mais plus je découvre des œuvres différentes, plus je vois ce que les auteurs et autrices s’autorisent de liberté. L’avantage d’apprécier les classiques, c’est aussi que les libertés dans la formes sont rassurantes puisque officiellement validées (que ce soit à tort ou à raison et sans faire abstraction d’œuvres littéraires non considérées comme classiques et pourtant tout aussi qualitatives). Lire diversifié, c’est découvrir une multitude de manières d’écrire, et de cette multitude fonder la sienne, y incorporer son intériorité, et sa personnalité et ses intentions. Je pense que je posterai un article en guise d’illustration avec des extraits d’œuvres aux styles très différents, ça fait un moment que j’y songe, mais cela prend du temps de faire le tri et de collecter les passages.

Je ne pense pas cependant qu’il faille chercher à imiter, on ne serait qu’une pâle imitation de celui ou celle pris en exemple. J’écris ce que je ne peux trouver, ce qui me manque, je n’ai pas d’intérêt à reproduire ce que je peux déjà apprécier. Pour moi, l’écriture se rapproche des tableaux impressionnistes, saisir une réalité, se l’approprier. Chaque personne à sa vision de la réalité, et en tant qu’auteur.ice, nos mots, nos images ne peuvent être empruntés à d’autres sans nous trahir. Et si je pense qu’une diversité dans la littérature est primordiale, je crois qu’on a un peu trop oublié qu’elle était un art, et que l’esthétisme peut sublimer le fond.

Ce qui nous amène à la narration, dont il existe également une multitude. On peut aborder dans un romans les thèmes les plus communs, les plus clichés même, une bonne narration possède ce pouvoir de rendre intéressant le sujet le plus trivial. Dans mon cas, la narration s’appuie sur le fond, elle doit avant tout servir mes intentions. Si je me perd dans une scène, que je patauge dans son écriture, je prends le temps de réfléchir à son but, à son utilité. J’ai un fond principal (pas forcément un seul d’ailleurs) pour mes histoires. Par exemple pour ‘Pas de trois’ (et sa suite) le thème est la lutte face à l’oppression, l’importance de lutter collectivement (et dans le cas du premier tome particulièrement via la sororité), et la nécessité de la violence pour combattre la violence. L’oppression plus ou moins d’abord individuelle, s’ouvre sur une collective dans le second tome, dans lequel je souhaitais aborder une convergence des luttes. C’est ce fond qui va constituer la colonne vertébrale de mon récit, et va guider la progression des personnages. Et parce que j’accorde une attention particulière aux personnages, la narration va également intégrer leurs sentiments, leur développement, et leurs caractères vont influer sur mes choix. C’est parce qu’Elfée est morale dans ‘Promenons-nous dans les bois’, parce qu’elle porte en elle l’amour de sa sœur aînée, qu’elle trouvera sa propre manière d’affronter les embûches dressées sur son chemin. Le roman est une adaptation du conte de petit chaperon rouge, et à ce titre il reprend en des éléments : cape rouge, loup, figure de grand-mère, les bois et… la jeune fille qui n’en fait qu’à sa tête et se promène hors des sentiers. Pourtant, le roman traite avant tout du deuil et de la différence, ce qui a entraîné mes choix de narration dans une tout autre voie que celle du conte originel.

Là où la narration rencontre le style, c’est qu’ils se subliment l’un l’autre, et participent à former une œuvre vraiment unique peu importe le thème choisi. Si la narration est le choix de ce qui est dit, le style est la manière de le faire, avec tout ce qu’il y a de suggestion et de niveau de langage. La narration porte, entraîne, quand le style colore et parle le langage de l’âme. Je pense que ce sont les deux principaux pôles à prendre en compte quant à la forme d’un récit et qui lui donnent toute sa saveur, toute son authenticité, et toute son originalité.

Voilà, j’espère que cet article vous aura intéressée, tout avis est bien entendu bienvenu soit pour compléter, soit pour faire part d’une vision totalement différente. La littérature s’enrichit de visions différentes et cela vaut aussi pour les réflexions la concernant ! Je vous souhaite du plaisir dans toutes vos créations et vous dit à bientôt !

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